Troupeau de moutons

Avez-vous un job à la con ?

Alors que nous n’arrivions pas à boucler le programme de littérature, ma prof de terminale nous menaçait parfois de tout plaquer pour partir en transhumance avec ses moutons dans le calme et l’hédonisme des sommets.
Pourtant elle n’occupait pas ce que David Graeber a baptisé un bullshit job. Dans les domaines de la communication et du marketing, ils sont nombreux. 

Alors si vous vous posez quelques questions existentielles à propos du sens moral de votre vie, de votre emploi ou futures formations, voici quelques pistes de réflexion.

projet

+ d'1 français sur 4 estime occuper un "bullshit job"*

Extrait twitter sur les jobs à la cona

*Selon une étude de RANDSTADT publiée le 22 juillet 2022. 

« Vous vous rendez compte à quel point nos « jobs » ne servent à rien ? Beaucoup ici ont des bullshit Job ? On peut nous mettre en chômage tech sans que ça ne soit très grave. Le monde continue à tourner. Et au contraire, des boulots que les gens méprisent, sont en réalité essentiels ». Ces « Bullshit jobs » auxquels @rakidd fait référence sont définis dans l’essai « Les liens qui libèrent » de l’anthropologue Graeber. Selon lui, le « bullshit job » est un métier plutôt bien payé, respecté en société mais dénué d’utilité sociale. 

Ces « jobs à la con » littéralement, nous ne pouvons pas les expliquer à nos grands-parents : conseiller en leadership stratégique, chef de projet, consultant en conduite du changement… Alourdis par des organigrammes ou des systèmes informatiques incapables de fonctionner ensemble, ils procurent un ennui mortel et le sentiment de ne rien apporter de concret.

Qu’elles sont les causes de l’ère du Brownout ?

L’accélération de nos rythmes de vie

Les avancées des technologies numériques participent à l’accélération générale de notre société. Comme l’explique le sociologue et philosophe Hartmut Rosa, nous sommes, pris en tenaille entre deux phénomènes : « d’une part, trop de changements et de mutations se passent trop vite […] ; d’autre part, les acteurs sociaux ont le sentiment de disposer d’un temps toujours plus réduit, de telle sorte que celui-ci nous apparaît comme une matière première en voie d’épuisement ». Et oui, si nous avons de plus en plus de contacts, d’outils pour communiquer et de possibilités d’actions en général, il n’en reste pas moins que la journée ne s’allonge pas. Au grand dam de nos boîtes mails et lignes téléphoniques, nos métiers perdent leur raison d’être et l’humain se dilue dans des processus internes qui rendent fou, de traitement de l’information.

La peur de faire des choix et le décalage entre diplômes et postes qualifiés

« Ta génération n’aura pas de retraite », « tu as plutôt intérêt à faire des études car avec la crise économique, ça ne va pas être facile facile ». 

Dans ce climat, les étudiants ont tendance à se lancer de plus en plus dans les études longues, tout en repoussant l’échéance de la spécialisation. Car choisir, c’est se fermer des portes (?). Résultats, de nombreux diplômés arrivent après 5 ans de formation, ou même plus, sur le marché de l’emploi, sans trop savoir ce qu’ils font là. Pendant ce temps, d’autres surqualifiés pour leurs postes, végètent intellectuellement.

 

Illustration diplômation étudiante

L'équation, intérêt, déontologie, salaire est-elle résolvable ?

Oui ! 

Après ce topo pour le moins accablant, place à quelques idées pour nous aider à mettre le doigt sur ce que nous aimons, ce qui compte pour nous et inversement :

  • Faire des stages ou trouver une formation en alternance pour expérimenter dès que possible la réalité d’un poste
  • Avoir des expériences annexes (engagement bénévoles, probono…)
  • Trouver une motivation extérieure à notre travail (je fais ça pour…)
  • Tout plaquer pour une transhumance 
  • Mettre dans la balance nos attentes personnelles, professionnelles et nos valeurs
  • Changer les choses de l’intérieur en essayant par exemple de nous investir en faveur de la responsabilité sociale et environnementale de l’entreprise (RSE)
  • Trouver une structure qui nous correspond
  • Se réorienter…

Une génération qui associe travail et quête de sens

Une génération qui associe travail et quête de sens

70% des jeunes intérrogés dans cette étude OpinionWay, choisissent dans une situation de dilemme, l’emploi le plus proche de leurs convictions.

Je suis comme eux. Aujourd’hui, je travaille toujours en
communication, mes études me servent au quotidien et mes actions bénéficient aux acteurs que je nomme « à impact positif », c’est-à-dire, les organismes publics ou privés à fort impact sociétal ou environnemental, investis dans une économie sociale et solidaire. Je trouve aussi du sens dans mon métier en donnant des cours de communication à des étudiants en BTS et Bachelor.
Enfin, j’essaie dans la manière de mener mon activité d’indépendante, de rester alignée avec mes convictions : dans ma fréquence de publication sur les réseaux sociaux, dans mes choix de prestataires (qu’il s’agisse de l’hébergements de mon site, de ma banque), dans ma mobilité etc. Surtout, et cela a été la décision la plus difficile à prendre pour moi : j’ai décidé que mon travail serait au service de ma vie et non l’inverse.

Au XIXe siècle, l’économiste et sociologue italien Vilfredo Pareto observait déjà que 80% des résultats obtenus au travail n’étaient issus que de 20% du travail fourni. Aujourd’hui je crois que c’est d’autant plus vrai. Je fais le choix de m’imposer une discipline de fer : je me coupe de toute source de distraction, j’entre dans ma bulle, je mange sur le pouce. Le bon revers c’est que cette organisation du travail me permet d’aller récupérer mes enfants à la sortie des écoles.

Coupure numérique

Tout cela ne m’empêche pas de vouloir (parfois) m’enfuir en montagne avec mes moutons, heureusement comme pour ma prof de littérature, le phénomène est passager. 

Et vous, qu’avez-vous mis en place au quotidien pour ne pas heurter vos limites personnelles et celles de notre planète ?